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    N°9 - Dossier - Un rat tout seul ? Jamais !

       (2 reviews)

    L'Écho des Sputniks

     

     

     

    « Mon rat a toujours vécu seul, et il va très bien ! »

     

    Vous avez peut-être déjà vu cette phrase passer sur un quelconque groupe Facebook destiné aux passionnés de rats, et peut-être avez-vous par ailleurs constaté les réactions qu’elle suscite généralement auprès de ses membres. Ce n’est pas sans raison : les ratouphiles expérimentés mènent un combat journalier pour le respect du grégarisme du rat, et cela ne paraît pas si utile ou évident aux yeux de tous. Or, il s’agit bel et bien d’un enjeu d’importance ! La présence, même fréquente et attentionnée, de son maître ne peut pas à elle seule suffire au rat domestique. Il a un réel besoin de vivre auprès d’un congénère de son espèce. Nous allons voir ensemble pourquoi le rat domestique ne doit jamais vivre seul.

     

     

     

     

    Grégarisme : définition

     

    Commençons tout d’abord par définir ce qu’est le grégarisme, ce mot tellement utilisé et répété par tous les passionnés de rats domestiques. Il s’agit du comportement d’individus de la même espèce consistant à se regrouper en sociétés dont les niveaux d’organisation sont variables. De la simple coexistence dans un même espace à la création de rôles individuels, le grégarisme peut avoir des caractéristiques différentes. Le rat, lui, est une espèce dite « eusociale » : les membres en sont soudés et collaboratifs, plusieurs générations peuvent se côtoyer, les portées peuvent être élevées en coopération et les membres peuvent avoir des rôles dédiés.

     

    Groupe de rats dans un hamac

     

     

    Le rat : sociable dès la naissance

     

    Le besoin de congénères chez le rat se joue dès la naissance. En effet, en tant qu’animaux altriciaux, les jeunes ratons ont besoin de leur mère pour se développer : c’est elle qui pourvoit à leur nourrissage, mais aussi à maintenir leur température corporelle ou à stimuler les fonctions de miction et de défécation. Mais plus que la mère nourricière, elle possède aussi le rôle de protecteur et offre un cadre améliore les capacités cognitives de sa progéniture grâce à ses soins maternels tels que le léchage. À l’inverse, une mère peu maternelle ou aux absences trop longues ou répétées aura un effet néfaste sur le développement cognitif des ratons et les rendra plus anxieux. De même, un groupe de ratons orphelins nourris par l’homme présentera un développement normal en présence d’une femelle non allaitante au comportement maternel, en comparaison d’un groupe de ratons sans présence d’un rat adulte.

     

    Lors de son sevrage et durant les quelques semaines suivantes, de 46 à 116 jours en moyenne, le groupe dans lequel le raton va grandir va lui permettre d’acquérir les codes sociaux propres à son espèce. En jouant avec les membres de sa fratrie, le jeune raton va prendre tour à tour les rôles d’attaquant et de défenseur. C’est un premier apprentissage de la hiérarchie, même si le jeu n’est pas encore prédictif de la future position hiérarchique du raton. En effet, il faut attendre environ les 9 semaines suivant le sevrage pour que l’animal trouve sa place dans le groupe. Plus le groupe sera stable, et plus le jeune rat sera sociable et acceptera aisément l’arrivée d’un nouveau rat dans son groupe au cours de sa vie. Il est donc très important de veiller à ce qu’un jeune rat soit intégré auprès d’adultes vivant harmonieusement et ne soit pas seul pendant cette phase critique de son développement : les conséquences seraient visibles durant toute la vie de l’animal et les intégrations futures de nouveaux animaux adoptés en seraient compliquées.

     

    On notera qu’une étude effectuée sur le rat sauvage tend à montrer que le nombre d’individus dans la fratrie d’un rat (congénères avec qui il crée ses premières associations) correspond au nombre maximum d’individus avec lesquels ce rat pourra avoir des associations intimes durant sa vie. En résumé : un raton sauvage qui a 10 frères et soeurs avec qui jouer pourrait dans sa vie se lier « intimement » avec 10 rats !

     

    20190928_192226.jpgUn comportement social très développé

     

    Vous le savez déjà certainement : le rat possède un système hiérarchique très développé. On appelle « comportements agonistiques » l’ensemble des attitudes vivant à régler les problèmes de rivalité et de confrontations dans un groupe, dans le but d’en diminuer les tensions.

     

    La palette de comportements sociaux qu’un propriétaire peut observer auprès de ses petits protégés est très variée : jeux, disputes, soumissions, séances de toilettage mutuel, marquages urinaires… et même reniflage ! De fait, l’olfaction joue un rôle d’importance dans le comportement grégaire du rat. Le temps passé à renifler un individu sera plus long ou plus court en fonction de la position hiérarchique de ce dernier. Pour certains scientifiques, il existerait une phéromone qui rendrait compte du statut de l’animal dans son groupe. C’est peut-être aussi par ce biais que la femelle détermine ses préférences : il semblerait en effet que les rates privilégient les mâles dominants lors
    des saillies !

     

    Il est donc possible d’élucider certains comportements en observant la posture, la tenue des poils ou même des vibrisses d’un individu. Tout, chez le rat, est étudié pour communiquer avec ses congénères et il en recherchera le contact même en cas d’absence de ses récepteurs
    (anosmie, surdité…).

     

    Ainsi, le « Guide for the Care and Use of Laboratory Animals » fait état d’études dans lesquelles des rats ont eu le choix : une grande cage pleine d’accessoires dans laquelle vivre seul ou une petite cage vide avec un congénère. Les résultats sont sans appel : le rat a toujours choisi la cage proposant un congénère !

     

    Rat Alpha ou Oméga ?

     

    Baenninger, en 1966, a qualifié la hiérarchie chez le rat de linéaire : un système complexe qui ne se limite pas uniquement à la dichotomie « dominants - dominés ». En effet, il existerait plusieurs sous-catégories entre ces deux extrêmes. Si le rat Alpha est dominant, le rat Oméga est dominé, le rat Bêta serait quant à lui dominant sous Alpha ! Un peu comme le chef d’une entreprise qui aurait des cadres supérieurs pour l’aider à diriger ses employés... Mais être le chef de cette grande machine qu’est le groupe (une colonie de rats sauvages peut atteindre 80 individus !) n’est pas une sinécure. Le rat dominant est le pionner dans la découverte de nouveaux lieux ou de nouveaux aliments. Il doit parfois se battre pour conserver sa place, face à des rats de niveau hiérarchique équivalent. Si le rôle de dominé est considéré comme le plus constant, il n’en est pas de même pour celui de l’Alpha, ce qui les rends naturellement plus sensibles au stress et à la néophobie.

     

    031.JPG

    Mais pour développer un système hiérarchique aussi complexe, les rats doivent avant tout être capables de se reconnaître. Par l’odeur, direz-vous. Oui, mais pas uniquement. Pour identifier le plus rapidement possible un individu et le classer dans la catégorie des rats apparentés à lui ou non, le rat se fie à beaucoup d’autres signaux. De fait, le phénotype de l’individu sera examiné : à quoi ressemble t-il ? Comment se comporte-il ? C’est ainsi qu’un rat albinos élevé par des rats noirs privilégiera le contact de rats noirs, le contexte social du rat revêtant une importance insoupçonnée.

     

    À tel point qu’une équipe de chercheurs du département de neurobiologie de l’Université de Chicago a mené une petite expérience avec des duos de rongeurs. Un rat était coincé dans un tube et le second devait l’en délivrer, ce qu’il faisait. Cependant, dès lors que les souches des rats ont été mélangées, la donne a changé. Si le rat dans le tube est un rat noir, le rat albinos ne l’aidera pas !

     

    N’oublions pas que dans le cadre d’expériences menées avec des animaux de laboratoire, les souches ne sont pas mélangées. Les rats noirs ne côtoient pas d’individus d’autres couleurs (et inversement), comme c’est pourtant le cas dans les élevages d’agrément où les portées sont hétérogènes en terme de couleurs et de marquages. De ce fait, l’hypothèse du contact s’applique : si le rat noir et le rat albinos ne se fréquentent pas, ils ne se considèrent pas comme faisant partie du même groupe d’appartenance et adoptent un comportement négatif l’un envers l’autre. De même, un rat albinos retiré à sa mère et élevé par une femelle noire au milieu d’une portée de rats noirs aidera un rat noir à sortir du tube.. mais pas un rat albinos !

     

    Soignez votre rat en lui donnant des copains

     

    Saviez-vous que le rat peut être sensible à la dépression ? Qu’il peut éprouver un sentiment de stress lorsqu’un de ses congénères manque à l’appel ? Ainsi, une souche de rats de laboratoire, le « Flinders de lignée sensible » est particulièrement utilisée pour la recherche sur la dépression. Comme l’homme, le rat développe des comportements dépressifs tels que la réduction de l’activité locomotrice, la perte -ou la prise- de poids, l’augmentation du sommeil paradoxal et même des difficultés d’apprentissage. Dans certains cas, les rats atteints par un état dépressif peuvent développer une anhédonie : la perte de l’attrait pour les sensations agréables. Ces rats ne seront plus attirés par du jus de fruit à la place de leur eau de boisson ou par la friandise qu’on leur tend.

     

    De même, si vous retirez un rat de son groupe, c’est tout le groupe qui ressentira cette perte et en éprouvera un véritable stress social. Il en sera de même pour l’individu isolé. Il n’y a pas de doute, le rat éprouve un réel besoin psychologique d’avoir des congénères, mais cela va encore plus loin ! C’est aussi bon… pour sa santé !

     

    En effet, une recherche effectuée par le Yale Center Cancer sur des femelles tend à montrer que la solitude a des effets néfastes sur la santé du rat en augmentant le risque de tumeurs cancéreuses. De même, des études font état de troubles dans la prise alimentaire telles que l’hyperphagie, et par conséquent un risque accru pour les pathologies associées (obésité…).

     

    20190928_192226.jpg

     

    Mais alors, combien ?

     

    Vous ne voulez que le bonheur de votre Ratatouille et vous êtes prêt à lui adopter des copains ? C’est super ! Mais voilà l’ultime question : de combien de rats un groupe doit-il se composer pour être équilibré et suffisant ?

     

    Outre les questions d’espace disponible dans leur lieu de vie et de budget financier, on conseille souvent un minimum de trois rats pour qu’une hiérarchie puisse réellement se créer entre eux sans imposer le simple diptyque « un dominant, un dominé ».

     

    Et en nombre maximum ? Si vous avez la place, le temps et le budget (budget courant et budget vétérinaire), sachez que les rats aiment aussi les grands groupes ! Une colonie de rats sauvages peut atteindre plusieurs dizaines d’individus. Une étude parue en 2004 suggère que les groupes de rats domestiques composés d’une douzaine de membres sont moins craintifs mais aussi meilleurs sur le plan des capacités cognitives (test du labyrinthe, notamment). Mais d’autres sources tendent à suggérer que les groupes les plus nombreux sont aussi ceux dans lesquels la hiérarchie serait la moins stable, car naturellement plus concurrentielle.

     

    Cependant, le meilleur nombre de rats n’est autre que celui que vous souhaitez - et que vous pouvez - assumer ! Tant qu’ils sont au moins deux (de même sexe !), vos rats seront heureux !

     

    Solitude et tumeurs

     

    L’équipe de recherche de Martha McClintock, psychologue renommée de l’Université de Chicago spécialisée sur les liens entre le comportement et les hormones sexuelles, a étudié dans les années 2000 la relation entre stress, hormones et tumeurs mammaires chez la rate. Dans une de ces publications, les chercheurs ont suivi deux groupes de rates de souche Sprague-Dawley : 20 rates maintenues seules après le sevrage, et 20 rates intégrées dans de petits groupes (de 5 rates.) Elles ont ensuite été suivies pendant 15 mois et régulièrement examinées pour évaluer le nombre, la nature et la taille de leurs éventuelles tumeurs mammaires.

     

    Résultat ? A 15 mois, s’il y avait autant de rates « indemnes » (25% seulement) dans les deux groupes, les rates isolées avaient en moyenne des masses tumorales plus grosses et plus nombreuses que les rates socialisées (pour un « poids total de tumeurs » 84 fois plus élevé). Ces tumeurs pouvaient aussi être plus graves : 3,3 fois plus de risques de développer un carcinome canalaire (tumeur maligne.) Enfin, sur la durée du suivi, l’âge d’apparition de la première tumeur était plus précoce chez les rates seules.

     

    Le chiffre-choc de « 84 fois plus » a parfois été mal interprété (ce n’est pas l’augmentation de risque de développer une tumeur sur toute la durée de la vie), et l’étude comporte des limites (petits effectifs, choix d’une souche très sujette aux tumeurs spontanées : 75% de rates tumoreuses à 15 mois !). Elle illustre cependant une idée simple : toutes les formes de stress peuvent avoir un impact sur la santé non seulement mentale, mais aussi physique. Chez les espèces sociales comme le rat, la solitude en fait partie. Une bonne raison de plus de ne pas leur faire subir cette solitude !

     

    Textes : Senalina, Artefact. Photos : Senalina, Loulou39.

    Edited by L'Écho des Sputniks

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    Guest

    douphie

       1 of 1 member found this review helpful 1 / 1 member

    Enfin un article qui explique clairement le pourquoi du comment. Un incontournable !

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    Guest Rat Le Bol

      

    Excellent article Merci beaucoup 

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